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Loi Sapin 2

Le répertoire des représentants d’intérêts (Lobbying) : qui doit s’inscrire ?

Le répertoire des représentants d’intérêts (Lobbying) : qui doit s’inscrire ?

Photo de Adèle Rivière

Un article de Adèle Rivière, mis à jour le 1 novembre 2026

Doit s’inscrire au répertoire tenu par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) toute personne morale de droit privé, ou tout professionnel indépendant, qui influence la décision publique en prenant l’initiative de contacter des responsables publics, et qui le fait à titre principal ou régulier. Concrètement, la HATVP retient deux seuils : consacrer plus de la moitié de son temps à ces actions sur une période de six mois, ou réaliser au moins dix actions d’influence au cours des douze derniers mois. L’inscription est alors obligatoire dans un délai de deux mois.

Cette obligation a été créée par la loi Sapin 2 de 2016, qui a introduit l’article 18-2 dans la loi du 11 octobre 2013 relative à la transparence de la vie publique. Elle concerne bien plus que les cabinets de lobbying : entreprises, associations, fondations, organismes de recherche ou établissements publics à caractère industriel et commercial peuvent être concernés.

À retenir
– Le répertoire est public et géré par la HATVP ; il a été créé par la loi Sapin 2.
– Sont visées les personnes morales de droit privé, certains établissements publics et les professionnels indépendants dont l’activité d’influence est principale ou régulière.
– Le seuil « régulier » correspond à au moins dix actions d’influence sur douze mois ; le seuil « principal » à plus de la moitié du temps sur six mois.
– L’inscription doit intervenir dans les deux mois suivant le moment où les critères sont remplis.
– Un manquement expose à des sanctions pénales : jusqu’à un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende.

Pourquoi un répertoire des représentants d’intérêts ?

Le répertoire répond à un objectif de transparence : permettre à chacun de savoir qui cherche à influencer les décisions publiques, sur quels sujets et avec quels moyens. La HATVP le présente comme un registre public qui recense, pour chaque organisation inscrite, ses éléments d’identification et les activités de lobbying déclarées, avec leurs domaines d’intervention.

Ce registre est l’un des volets « transparence de la vie publique » de la loi Sapin 2, à côté des dispositifs de conformité anticorruption imposés aux entreprises. Le répertoire encadre les relations entre acteurs privés et décideurs publics : il n’interdit pas le lobbying, il le rend visible.

Le registre est consultable en ligne. Sur la page du répertoire, consultée en septembre 2026, la HATVP affichait 3 626 représentants d’intérêts inscrits, 3 445 ayant déclaré des activités et 127 382 activités déclarées. Ces chiffres montrent que le dispositif dépasse largement le cercle des lobbyistes professionnels.

Comment la loi définit le représentant d’intérêts

L’article 18-2 de la loi du 11 octobre 2013 définit deux catégories de représentants d’intérêts. La première regroupe les personnes morales de droit privé, les établissements publics ou groupements publics exerçant une activité industrielle et commerciale, ainsi que certains organismes cités par les codes (chambres consulaires, notamment), dont un dirigeant, un employé ou un membre a pour activité principale ou régulière d’influer sur la décision publique. La seconde catégorie vise les personnes physiques qui exercent une activité professionnelle indépendante et remplissent les mêmes conditions.

L’influence s’exerce notamment sur le contenu d’une loi ou d’un acte réglementaire, en entrant en communication avec les responsables publics énumérés par la loi. Deux éléments sont donc cumulatifs : une action tournée vers un interlocuteur public désigné, et un caractère principal ou régulier de cette activité.

Un point souvent mal compris : la qualité de représentant d’intérêts s’apprécie au niveau de la personne morale, non de l’individu. La HATVP précise qu’un élu qui défend une cause par l’intermédiaire d’une association n’est pas lui-même le représentant d’intérêts ; c’est l’organisation qui porte la qualification. De même, une entité étrangère peut être qualifiée si elle remplit les conditions légales.

Le critère décisif : activité principale ou régulière

C’est le point qui détermine l’obligation. La HATVP distingue deux hypothèses alternatives : il suffit de remplir l’une d’elles.

L’activité principale

Elle est établie lorsque la personne consacre plus de la moitié de son temps, sur une période de six mois, à préparer, organiser et réaliser des actions de représentation d’intérêts. Ce critère vise les structures et les personnes dont le lobbying est le coeur du métier : cabinets spécialisés, directions des affaires publiques, associations de plaidoyer.

L’activité régulière

Elle est établie lorsque au moins dix actions d’influence ont été réalisées au cours des douze derniers mois. C’est le critère qui surprend le plus les entreprises non spécialisées : une PME ou une association qui contacte régulièrement des responsables publics pour faire évoluer une règle peut atteindre ce seuil sans avoir de service dédié.

Selon la HATVP, une action de représentation d’intérêts peut prendre la forme d’une rencontre physique, d’une conversation téléphonique, d’une visioconférence ou d’un échange par un service de communication électronique, ou encore de l’envoi d’un courrier, d’un courriel ou d’un message privé. La logique est celle de l’initiative : il s’agit d’entrer en contact, de sa propre initiative, avec les personnes chargées d’élaborer et de voter les décisions publiques. La question de ce qui constitue précisément une action est traitée plus en détail dans notre article sur la définition d’une action de lobbying selon la HATVP.

Précision utile sur le décompte : la HATVP indique que la veille législative et les campagnes de sensibilisation ne sont pas des actions de représentation d’intérêts à déclarer. Seuls comptent les contacts avec les responsables publics visés par la loi.

Quels interlocuteurs publics sont concernés ?

L’obligation ne naît que si l’influence s’exerce auprès de responsables publics que la loi énumère. D’après le texte de l’article 18-2 tel que publié sur Légifrance, il s’agit notamment :

  • des membres du Gouvernement et des membres de cabinets ministériels ;
  • des députés, sénateurs et de leurs collaborateurs ;
  • des collaborateurs du Président de la République ;
  • des directeurs, secrétaires généraux et membres des collèges de certaines autorités indépendantes ;
  • de certains agents publics occupant des fonctions désignées par décret ;
  • de certains élus locaux, le périmètre local étant étendu depuis la loi 3DS, avec un seuil de taille des collectivités qui inclut les communes de plus de 100 000 habitants.

Le périmètre local est entré en application le 1er juillet 2022. Selon le bilan de la HATVP pour 2023, 806 nouveaux représentants d’intérêts s’étaient inscrits depuis cette extension, dont deux tiers évoquaient des activités menées à l’échelon local, notamment dans la construction, le logement et l’urbanisme.

Une entreprise du bâtiment qui sollicite régulièrement des élus d’une grande ville sur des règles d’urbanisme peut donc se trouver dans le champ. Les règles propres au Parlement sont abordées dans notre article sur le lobbying parlementaire et l’accès à l’Assemblée.

Qui est visé, qui est exclu ?

La HATVP indique que la qualification peut concerner toutes les entités de droit privé : sociétés commerciales et civiles, entreprises publiques, associations, fondations, syndicats et organisations professionnelles (sous les réserves ci-dessous), organismes de recherche. Côté public, les établissements publics industriels et commerciaux, les groupements d’intérêt public à caractère commercial et les chambres de commerce, de métiers et d’agriculture peuvent l’être.

Selon l’article 18-2, sont exclus du statut :

  • les élus dans l’exercice de leur mandat ;
  • les partis et groupements politiques ;
  • les organisations syndicales de salariés et les organisations professionnelles d’employeurs, dans le cadre de leurs missions de représentation liées au dialogue social et à la négociation collective ;
  • les associations à objet cultuel ;
  • les associations représentatives d’élus, dans l’exercice de leur mandat.

Une nuance à ne pas manquer : l’exclusion des syndicats et organisations professionnelles est encadrée par le contexte de la négociation collective. Une organisation professionnelle qui mène du lobbying en dehors de ce cadre doit donc examiner sa situation au regard des critères généraux.

La HATVP ajoute que les entités dépourvues de personnalité juridique (groupes informels, clubs parlementaires) ne sont pas concernées, pas plus qu’une filiale, un établissement ou une marque sans existence juridique distincte. Chaque personne morale s’apprécie séparément : c’est la société dotée de la personnalité morale, et non la marque, qui doit s’inscrire, le cas échéant.

Les responsables publics eux-mêmes relèvent d’autres obligations de transparence, comme les déclarations de patrimoine et d’intérêts contrôlées par la HATVP.

Dans quel délai s’inscrire, et que déclarer ensuite ?

L’inscription est obligatoire dans un délai de deux mois à compter du jour où les conditions de la qualification sont remplies, c’est-à-dire dès le dixième contact en douze mois ou dès que la moitié du temps sur six mois est dépassée. Elle se fait en ligne sur la plateforme de la HATVP. Une fois inscrit, le représentant d’intérêts doit reporter tout changement d’information dans un délai d’un mois.

Il doit ensuite déclarer ses activités au moins une fois par an. La HATVP précise que les déclarations sont transmises dans les trois mois suivant la clôture de l’exercice comptable. Chaque fiche d’activité précise l’objectif poursuivi, les domaines d’intervention, les types de décisions publiques visées, les catégories de responsables publics contactés et les moyens engagés, dont les dépenses et le personnel exprimé en équivalents temps plein. Le détail pratique de cette étape est développé dans notre article sur la déclaration des activités de représentation d’intérêts.

Les représentants d’intérêts sont également soumis à des règles déontologiques. La HATVP a publié des lignes directrices actualisées, applicables depuis le 1er octobre 2023.

Sur l’exercice 2023, la HATVP indiquait que 89 % des représentants inscrits avaient rempli leur obligation de déclaration au 30 avril 2024, et que 296 entités n’avaient déclaré aucune des informations requises (bilan publié le 1er juillet 2024).

Que risque-t-on en cas d’oubli ?

Les représentants d’intérêts qui ne respectent pas leurs obligations d’inscription ou de déclaration s’exposent à une sanction pénale pouvant atteindre un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende, selon la HATVP. La Haute Autorité évoque en outre des mesures graduées, comme l’avertissement, ainsi que des mesures de publicité.

Le risque est aussi réputationnel, puisque le répertoire est public. Le régime de sanctions est développé dans notre article consacré aux sanctions en cas de non-déclaration de lobbying.

En pratique, une organisation qui a un doute sur sa qualité de représentant d’intérêts peut faire un point interne : lister les contacts avec des responsables publics sur les douze derniers mois, identifier leur objet (influence sur une décision publique ou simple demande individuelle), puis les rapprocher des seuils. C’est l’objet de l’échange qui compte, pas seulement le fait de contacter un élu ou un agent public.

Pour approfondir, voir aussi ce qu’est une action de lobbying selon la HATVP, les sanctions en cas de non-déclaration et la déclaration des activités auprès de la HATVP.

FAQ

Une petite entreprise doit-elle s’inscrire au répertoire ?

La taille n’entre pas en compte. Ce qui compte, c’est le caractère principal ou régulier de l’activité d’influence : plus de la moitié du temps sur six mois, ou au moins dix actions en douze mois auprès des responsables publics visés par la loi. Une petite entreprise qui atteint ce seuil doit s’inscrire.

Un syndicat ou une organisation professionnelle est-il concerné ?

Le texte exclut les organisations syndicales de salariés et les organisations professionnelles d’employeurs dans le cadre de leurs missions de dialogue social et de négociation collective. En dehors de ce cadre, la qualification doit être examinée selon les critères habituels.

Quel est le délai pour s’inscrire ?

Deux mois à compter du jour où les conditions de la qualification sont remplies. Les modifications d’informations doivent ensuite être reportées dans un délai d’un mois, et les activités déclarées au moins une fois par an, dans les trois mois suivant la clôture de l’exercice comptable.

Une entité étrangère peut-elle être visée ?

Oui. La HATVP précise qu’une entité étrangère peut être qualifiée de représentant d’intérêts si elle remplit les conditions légales, notamment en menant des actions d’influence auprès des responsables publics français visés par la loi.

Conclusion

Le répertoire des représentants d’intérêts ne concerne pas seulement les professionnels du lobbying. Toute personne morale de droit privé, tout établissement public à caractère industriel et commercial visé par la loi et tout professionnel indépendant qui atteint le seuil de dix actions d’influence en douze mois, ou qui consacre plus de la moitié de son temps à cette activité, doit s’inscrire dans les deux mois. Les exclusions sont limitées et encadrées, et les sanctions peuvent aller jusqu’au pénal.

Pour toute organisation en contact avec des décideurs publics, la démarche la plus sûre consiste à tenir un décompte des actions menées, à en vérifier l’objet et à confronter ce décompte aux seuils légaux. Les informations officielles, les lignes directrices et la plateforme d’inscription sont disponibles sur le site de la HATVP.